Uyen, portrait d'une cueilleuse engagée

Après 10ans de carrière en tant que conseillère juridique pour la protection de la nature, Uyen a décidé de passer à l'action et de changer de vie.
Paysanne-Cueilleuse en Dordogne et fondatrice de Born To Be Wild, elle est désormais au plus proche de la terre et peut agir concrètement pour préserver la biodiversité. 
Chaque jour, Uyen cueille des plantes sauvages médicinales et aromatiques pour élaborer ses recettes.
Engagée et respectueuse de la biodiversité, elle a généreusement accepté de nous partager sa passion et sa vision d'une cueillette durable.

Tu étais déjà engagée auprès de la biodiversité en étant conseillère juridique en matière de protection de la nature, c'est une passion qui t'anime depuis toujours ?

Depuis le départ, Born to Be Wild a pour vocation de ramener de la biodiversité au sein du domaine viticole dans lequel il s'intègre grâce aux plantes aromatiques et médicinales, aux plantes mellifères, aux larges zones d'herbes non-fauchées, aux centaines d'arbres plantés (on prévoit d'en planter 1000 en 2020!), à la mise en place d'une forêt nourricière, aux pratiques permaculturelles et résilientes adoptées. Nous prévoyons également la réhabilitation d'un vieux verger pour le transformer en perma-verger de vignes et de plantes comestibles, tout en symbiose, et la diversification de nos cultures avec des céréales et du soja, aux abords des vignes et des plantes aromatiques et médicinales. Les chantiers sont multiples et comme nous travaillons avec la nature, il faudra encore de longues années pour en voir les résultats ! Mais déjà, c'est un plaisir de constater que nos espaces abritent de plus en plus d'oiseaux, de chauves-souris, d'insectes, de papillons, de serpents, de renards, de hérissons...

En devenant paysanne-cueilleuse et en fondant Born to Be Wild en 2017, je voulais poursuivre mon action déjà entamée en tant que conseillère juridique pour la préservation de la biodiversité. Aujourd'hui, je n'écris plus de textes de loi mais, par mon rapport à la nature et par ma pratique agricole, j'essaie toujours de façonner un monde meilleur, humblement. L'agriculture de Demain se doit d'être entièrement naturelle, mais aussi en connexion avec un sol vivant, l'air, la lumière et les êtres vivants nous entourant.  

Il convient de s'inspirer de la nature, de l'aimer, de la préserver et d'arrêter d'agir contre elle ou de la forcer. C'est avec ces objectifs en tête que je conçois Born to Be Wild comme un générateur d'expériences, pour susciter la curiosité envers les plantes aromatiques, sauvages et comestibles, pour permettre aux gens de se renaturer. On ne protège rien de mieux que ce que l'on connait véritablement et ce que l'on aime. Nous avons tellement été déconnecté de la nature que tout est a réapprendre. Mais cet apprentissage est tellement riche !

 

Qu'est-ce qui a déclenché ta reconversion ?

Il y a eu plusieurs facteurs concomitants, autant d'appels, mais l'élément déclencheur fut surtout la lecture du livre Comment tout peut s'effrondrer de Paolo Servigne et Raphaël Stevens qui analyse le probable effondrement de notre société thermo-industrielle au regard des actions irresponsables menées à l'encontre de l'environnement sur les 50 dernières années. Ce livre a agit comme une décharge, avec le besoin de tout plaquer pour vivre en autonomie et en phase avec la nature. J'ai toutefois vite réalisé que l'autonomie totale est une utopie et qu'on a profondément besoin des interactions et des complémentarités individuelles, comme cela se passe dans la nature en fait, pour vivre et grandir. Ma reconversion fut alors plutôt dictée sur le besoin de retourner à la Terre, pour prendre mes responsabilités et contribuer à mon échelle. Devenir paysanne-cueilleuse, c'est un choix politique aussi, autant qu'un choix de vie.  

 

 

 

En quoi consiste une cueillette responsable ?

Il y a un vrai regain pour la cueillette sauvage et c'est vraiment un émerveillement de voir que les gens veulent se réapproprier ce savoir presque perdu. S'il y a bien une activité que l'humanité pratique depuis toujours, c'est la cueillette ! Toutefois, je suis parfois effarée de voir sur les réseaux sociaux certaines pratiques... Premièrement, on ne se lance pas dans la cueillette sauvage sans connaitre les plantes au préalable ! Les erreurs sont communes et chaque année des accidents surviennent, par exemple des cueilleur.se.s ayant confondus muguet et ail des ours dont l'habitat est similaire, ou sureau noir et sureau yèble... Donc avant de partir en cueillette, il faut se former ! Deuxièmement, avant de cueillir à un endroit, il faut systématiquement se renseigner sur le propriétaire des lieux, car il faut toujours obtenir son consentement. Même dans un parc, il se peut qu'un règlement spécifique s'applique pour limiter la cueillette dans un objectif de préservation de la biodiversité ou d'une espèce en particulier (comme Arnica montana). Enfin, lorsqu'on cueille, on ne prélève que ce dont on a besoin pour un usage personnel et dans la mesure du possible, on évite de revenir systématiquement sur les mêmes lieux années après années.

Cette éthique est primordiale à mes yeux car nous sommes tou.te.s responsables. Certains sites ont été décimés, parfois à cause de l'appât du gain. Je recommande vivement le visionnage du documentaire sorti en 2019 « Cueilleurs en résistance » de Julien Despres, lequel met en avant les pratiques soutenables pour éviter le pillage. 

 

As-tu des rituels lors de tes cueillettes ?

J'aime beaucoup partir en cueillette avec ma serpette et mon couteau à herbes en cuivre, qui sont des objets magnifiques et agréables à manipuler mais auxquels on attribue également des propriétés bénéfiques au jardin et pour le sol au-delà du fait que le cuivre constitue un oligo-élement indispensable à la vie. Ensuite avant de procéder à la récolte proprement dite, j'observe énormément, je me pose pour écouter les bruits du vent et de la faune présente, je prends le temps de m'imprégner des éléments m'entourant. Le retour à la Terre, ce lien retrouvé à la Nature a permis de révéler énormément de choses au niveau personnel, notamment en lien avec mon féminin sacré. Je fais aujourd'hui énormément confiance à mon intuition, mon instinct naturel et c'est profondément magique parfois d'observer comme tout est relié, connecté, que rien n'arrive par hasard, les événements, les rencontres...  

  

Tes conseils pour devenir cueilleur ?

Avant tout, je conseillerais de prendre le temps de la réflexion et de l'apprentissage. Il est très tentant de croire que nous évoluons dans un monde doux et lumineux fait uniquement de fleurs et de couleurs... La réalité agricole est toutefois plus dure, les conditions difficiles, avec des aléas climatiques permanents, et une rentabilité faible. Je recommande donc à tou.te.s celles et ceux que cela tente d'être bien accompagnés dans leur démarche et dans leur projet et de se former. 

 

Une plante sauvage que tu recommanderais pour booster l'immunité ?

L'hiver, je me fais régulièrement des cures de cynorrhodons, le fruit de l'églantier ou du rosier sauvage (Rosa canina). Le cynorrhodon est extrèmement riche en vitamine C, 10 à 20 fois plus que le citron ou l'orange dit-on, ce qui permet de booster le système immunitaire et contribuer à une bonne défense hivernale ! C'est une excellente source locale et sauvage facile à trouver au cours de balades, accessible à tou.te.s !

 

Qu'est-ce que t'évoque le mot "wild" ?

A cet égard, je pense que nous partageons une même vision, une même philosophie quant au besoin vital de se ré-ensauvager et de ré-ensauvager le monde. Notre connexion à la nature a été radicalement coupée, par nos modes de vie actuels et la société qui les a imposés. Or, nous sommes des êtres vivants, absorbés dans une globalité qui nous entoure et nous dépasse, elle-même composées d'autres organismes vivants. Ce lien à la nature, à notre intérieur sauvage est gré tout toujours présent, quelque part enfoui, ce que montrent d'ailleurs notre apaisement ou notre sérénité retrouvés dès que nous observons les oiseaux ou nous retrouvons dans des espaces naturels le temps d'un weekend par exemple. Nous avons tous un côté sauvage auquel nous pouvons nous reconnecter. C'est pour cela que j'ai choisi Born to Be Wild, « né pour être sauvage ». Il est aujourd'hui temps de se renaturer et de se retrouver, en lien avec la Terre.  

 

2 commentaires

Very inspiring. Thank you for this beautiful testimony, laure

Laure Azemard 02 juillet 2020

J’ai adoré cet article . Que de belles choses . Mes enfants sont dans la même démarche et l’enseignent à leurs enfants aussi . Merci beaucoup. Agnès .

Agnès Languepin 02 juillet 2020

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